Nous quittons l’Indonésie à partir de l’aéroport de Manado pour s’envoler pour Davao, ville principale de l’île de Mindanao au sud des Philippines… Noël approche, nous nous réjouissons, nous allons retrouver nos enfants pour passer les fêtes !


Pourquoi aller à Davao à Mindanao ?

L’île de Mindanao et Davao ne sont pas vraiment connus au niveau touristique …qu’est-ce qui nous a donc poussés à sortir des sentiers battus?

 

Lorsque nous avions recherché notre vol pour Manille, le trajet le moins coûteux proposait de transiter par Davao. Davao se trouve sur l’île de Mindanao, la plus au sud de l’archipel des Philippines. Du coup, nous avons décidé de s’ arrêter 3 jours pour découvrir cet endroit plutôt que de passer ces 3 jours à Manille en attendant que notre fils arrive. Après presque un mois en Indonésie loin de toute grande agitation, nous ne sommes pas pressés de retrouver la vie trépidante d’une ville gigantesque comme Manille!


Mais nous ne souhaitions pas non plus séjourner à Davao, 3° ville des Philippines (1,7 millions d’habitants) ville industrielle sans charme du tout si ce n’est quelques îles à proximité mais assez bétonnées. Le Lonely Planet évoque le Mont Apo, volcan actif, point culminant des Philippines avec ses 2954 m. La petite ville de Kapatagan au pied du mont Apo devrait nous permettre de profiter de la fraîcheur de l’altitude (1500 m) et découvrir l’aspect plus rural des Philippines avant de rejoindre des destinations plus touristiques.

Sécurité renforcée

Après avoir quitté l’aéroport moderne de Davao en taxi, nous prenons un « tricycle », sorte de Tuktuk à 3 roues qui nous conduit  à la station de bus centrale.

Avant de monter dans le bus qui va nous déposer dans une première autre ville Digos (1h de trajet), les bagages sont contrôlés en passant au détecteur. La pancarte annonce la couleur quant aux terroristes.


Nous découvrons notre trajet au fur et à mesure car c’est bien la première fois de notre voyage, depuis 5 mois, que nous n’avons pas organisé du tout cette étape sur cette île. Du coup, on suit les conseils des locaux et pour dormir, nous verrons sur place, car les rares hôtels dont on avait un numéro de téléphone étaient hors de prix!

A Digos, on apprend qu’il n’y a plus de bus pour Katapagan car il est déjà 17 h! seule solution pour avancer, prendre un van à un tarif fort, car nous ne sommes que deux, soit 1400 pesos au lieu de 100 par personne quand il est plein! Tout cela pour à peine 1h de route! Au moins le chauffeur est sympa et nous accompagne dans nos recherches d’un endroit pour dormir…on y passe au moins 1h, en ne rencontrant que des philippins supers gentils et accueillants… mais soit il n’y a de la disponibilité que pour une nuit, soit le confort est hyper sommaire (matelas au sol sans fenêtre) ou alors trop luxueux (trop cher).

Mont Apo Highland Resort correspond finalement à tous nos critères avec en prime un bungalow avec vue sur le mont Apo! Que demander de plus pour 1500 pesos la nuit (25€) .Toilettes et douche chaude dans un petit local indépendant rudimentaire. Le bungalow est construit sur pilotis, comme souvent le sont les maisons dans la région. 

Cuisine philippine

Côté repas, la carte végétarienne est très réduite. Aux Philippines, la viande est l’aliment de base de cuisine avec des légumes. Nous alternerons entre chop suey (légumes vapeur) et riz, omelette ou œufs durs et le luxe d’un plat de spaghettis à la tomate!

Nous tentons de trouver autre chose dans le village qui a justement son festival de Noël ce même week-end end.

Mais même constat, Katapagan n’est absolument pas touristique donc les petits restos philippins ne proposent que des plats oú viande ou poissons et légumes ont mijoté ensemble! D’ailleurs nos questions au niveau nourriture les perturbent!

Nous réussissons à commander un hamburger sans mettre de viande, accompagné de frites. Francis en profite pour tester le durian, ce fruit paradisiaque dont tous les asiatiques raffolent. Le Dorian émet par contre une odeur caractéristique reconnaissable à plusieurs mètres à la ronde, odeur que l’européen moyen va qualifier de pestilentielle! Au point d’ailleurs qu’à Singapour par exemple, il est interdit de transporter ce fruit dans le métro , ou encore d’en apporter sur les plages thaïlandaises ! Au premier abord, Francis arrive à dépasser cette odeur caractéristique pour manger les quartiers…mais finalement,  il ne le digère pas très bien …ce qui m’était aussi arrivé. Donc essai non concluant!

Petit tour au marché local

Katapagan est au pied du volcan Apo, donc sur un versant très fertile ou se trouvent à la fois des plantations de bananiers, caféiers, légumes, choux, patate douce, chou-fleur, tomates, haricots…

 

Un peu plus loin, il y a des vendeurs de chaussures, toutes d’occasion pour quelques pesos (1€). Des outils pour travailler dans les champs, pas mal de couteaux artisanaux avec étui en  bois.

Une concentration d’une dizaine de PORSCHES au cœur de ce village perdu

Nous entamons la conversation avec ce groupe de businessmen de Davao venu voir leur copain qui fabrique du café bio. Autour d’un bon café, nous échangeons et ils sont curieux de savoir comment nous avons pu arriver dans ce village. Ils sont très étonnés quand nous leur expliquons que c’est un peu le hasard, car ils nous expliquent que certains pays comme la Norvège n’autorisent pas leurs ressortissants à venir à Mindanao…

Zone orange non recommandée par l’ambassade de France

OUPS, n’ayant pas pas de guide papier avec nous et rarement de connection internet, cela ne nous était même pas venu à l’idée que cette région d’Indonésie puisse être problématique….mais c’est vrai que nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises des gardes bien armés . Nous vérifierons plus tard sur internet que cette zone est classée niveau 2, c’est à dire déconseillée sauf raison impérative par le gouvernement français. En réalité, le problème du terrorisme ( attentats revendiqués par Daesh) se situe surtout sur la partie sud-ouest de l’île. Depuis 3 années,  le président actuel Rodrigo Duterte, maire de Davao a pris beaucoup de mesures extrêmement autoritaires, ce qui a causé la mort d’au moins 5000 personnes sous couverture de la lutte anti -drogue et anti-terroriste. La loi martiale a été rétablie sur l’île de Mindanao. La problématique ne concerne pas directement les touristes, mais par mesure de précautions…

Pas étonnant qu’on ne rencontre pas d’étrangers  et que les locaux soient surpris de voir des étrangers dans leur bourgade .Et à postériri, je comprends mieux le gérant de nos bungalows: j’avais eu envie  de retourner le soir à pied dans la ville, pour profiter de l’animation liée au festival de Noël avec jeux de chamboultou, jeux de pari, karaoké, petits manèges… Nous avions traversé cet endroit en matinée et à part une jeune fille qui s’entraînait au karaoké, il n’y avait pas encore d’ambiance!  Francis, qui voulait plutôt se reposer, n’avait pas vraiment envie de me laisser y aller seule. Bong le manager décide d’aller se rendre compte de l’atmosphère  en moto. Mais à son retour, il me recommence chaleureusement de ne pas y aller: « Il n’y a pas de problème avec la population locale, mais le festival attire d’autres personnes inconnues et ce n’est pas très sur… » À regrets,  mais au grand soulagement de Francis, je suis ses conseils!

Ferme- plantation de café

Bong, le manager qui gère les bungalows est producteur de café. Il nous emmène visiter sa petite ferme.

Très sympa, nous passons l’après midi à découvrir le process  manuel: cueillette, égrenage mécanisé, lavage et fermentation (24-36h) puis séchage des grains de café pendant un mois. Il vend ensuite son café aux torréfacteurs au prix de 350 pesos le kg (6€ le kg);

Sur les flancs d’une mont Apo, on peut trouver du café fabriqué à partir des grains de café qui ont été mangés  et passés à travers le système digestif de la civette. Ceci confère une transformation bénéfique aux arômes des grains de café.Il en est produit également en Indonésie: Kopi Luwak. Pas top pour ces civettes condamnées à vivre en élevage et à manger des baies de café.

Plantations de bananiers

Il en pousse partout et nous n’avons pas vraiment compris pourquoi elles étaient emballées dans un plastique bleu…peut être pour les protéger lors des pluies? Avant d’être exportées, elles passent dans un bain.


Et le mont Apo ?

Quelques vues, nous sommes en saison de pluies donc le temps est souvent très nuageux mais chaud et lourd. Le mont Apo se découvre de temps à autre.

 

Séisme de force 6,9…ça secoue vraiment…

Dimanche 16 décembre, à14h , nous sommes tranquillement assis sur notre lit dans le bungalow en attendant l’heure de partir pour la station de bus où plutôt de van local pour regagner Davao.

Tout à coup le bungalow sur pilotis se met sérieusement à trembler. Le temps de réaliser qu’il s’agit probablement d’un tremblement de terre, nous prenons nos cliques et nos claques pour sortir et s’éloigner des arbres qui nous entourent. Quelques minutes après, cela recommence. Nous rejoignons Bong le manager au niveau du hall couvert qui sert de restaurant. « Nouvelle  expérience, bienvenue  aux Philippines» s’exclame t’il ! La terre a déjà bien tremblé en octobre (7,3) et juin de cette année.
S’ensuivent quelques petites répliques mais à posteriori on mesure seulement ce qui vient de se passer…Et nous ne savons pas très bien où il vaut mieux se mettre, nous restons sur le qui-vive!


« Bahala na»fatalisme des philippins, l’idée que toute chose en ce monde est appelée à disparaître et dans l’intervalle, il faut bien vivre sa vie!  L
a population est tellement souvent confrontée aux séismes qu’elle prend ces évènements avec philosophie, une forme d’insouciance  et Dieu est avec eux, m’explique une vieille dame. Les philippins sont effectivement d’une grande résilience, mais que peuvent-ils faire d’autre?  Confrontés à de réguliers séismes, ils ne peuvent pas y penser c’est impossible chaque matin au réveil, ce serait invivable.

Nous recevons un SMS  sur le portable peu de temps après le tremblement de Terre qui confirme la force de 6,9, ce qui indique une intensité élevée.

Retour à Davao, les images du séisme dans notre tête

Nous grimpons dans un vieux van gris. 100 pesos par personne (1,70€) et 100 pesos pour nos bagages qui prennent un siège . Le van ne partira que quand il sera plein et nous avons de la chance car c’est le cas 15 min plus tard !

19 personnes dans le mini-van pour davao

 

Le van est dimensionné pour 12 places dont le chauffeur. En se serrant un peu, on s’entasse à 19 dont 2 enfants et un chiot très mignon!  N’oublions pas que nos bagages et un gros sac de pommes de terre occupent la 20ieme place ! Après quelques kilomètres, un premier passager est déposé…il avait le cœur très gai… « légèrement ivre » souligne une passagère à l’arrière ! Cette philippine parle assez bien l’anglais pour engager la conversation. Elle se rend à Diegos voir sa famille. Elle leur apporte de la salade et veut même nous en donner. Elle évoque le tremblement de terre qui vient de se produire et nous interroge sur notre ressenti.

La population a eu l’info par les réseaux que le séisme est de magnitude 6,9. L’électricité est coupée dans le village de Katapagan. Selon Bang, ils sont alimentés par la ville de Diegos à 45 km.Le courant sera malheureusement rétabli que le matin, ce qui condamne le festival de la ville du soir au silence.

Notre voyage se poursuit tranquillement, avec les échappements qui remontent dans le van. Notre banquette est confortable mais n’est plus fixée à la structure du van! C’est assez comique quand on s’asseoit,  tout bouge … dans la lignée du séisme qu’on vient de vivre.

Croisons les doigts pour que les freins ne soient pas à l’image de l’état du van, car nous descendons la montagne de 1500 m à la mer.

Nuit à Davaos

Les journaux évoquent  au moins un enfant décédé et des blessés suite au séisme qui a frappé la ville de Davao Del Sur et généré l’effondrement de maisons. Nous n’étions qu’à 15 km de l’épicentre. Nous croyons beaucoup à notre bonne étoile…

 

 

 

Contraste philippin

A Davao, nous avons réservé une nuitée avec AIRBNB dans une belle chambre hyper confortable. La maison de jeune couple vient d’être construite, au confort européen très différent de nos nuits précédentes . Elle se situe dans un quartier tout neuf en plein expansion proche de l’aéroport. Depuis la terrasse, on voit passer les avions qui sont tellement bas qu’on a l’impression qu’ils vont toucher le toit…

Fatigués par tous ces événements , nous commandons une pizza pour changer du chop suey et du riz de ces jours derniers!  Nous la commandons par foodpanda, un système de livraison à domicile. La pizza sera livrée 1h30 plus tard! Et pas de chance,  la sauce tomate est sucrée…une pizza sucrée, qu’on finit par manger parce qu’on a faim! 

Le lendemain, nous poursuivons notre chemin aérien de 2h pour Manille où nous attend notre fils.

 


Notre  bilan à Mindanao

Séjour court de 3 jours au pied du mont Apo avec une nouvelle expérience dans ce voyage : vivre un tremblement de terre aux côtés de la population locale et comprendre leur degré de résilience quand à leurs réactions.
Même si la région n’est pas recommandée diplomatiquement , nous pouvons affirmer que nous avons rencontré  des philippins hyper sympas, chaleureux, qui parlent généralement bien l’anglais, les Philippines ayant été longtemps sous contrôle américain. Notre hôte était très gentil et nous a montré différents aspects de la vie des petits producteurs très loin de la vie des îles touristiques. Nous allons garder un souvenir certain de ce passage non planifié sur l’île de Mindanao. Nous adorons retrouver cette authenticité des gens que nous recherchons dans notre voyage. On se sent toujours « plus riche » après de telles  rencontres. 

Quelques photos

   Envoyer l'article en PDF   

1 Comment

  • yolande trinite
    Posted 30 janvier 2020

    Vive votre bonne étoile ! Et aussi ton intuition Catherine qui t’as fait écouter le conseil de Bong! C’est vrai que les Philippins sont généralement très accueillants et serviables mais …pas tous.
    Terre Sans Frontière soutient une coopérative agricole ( créée à Cebu par un ancien enfant des rues recueilli dans notre centre pour orphelins à l’époque) et quand par exemple il va chercher à la banque les fonds que notre assoss’ verse régulièrement , son trajet est digne d’un film genre James Bond en cavale s’il veut revenir sain et sauf !
    Gros bisous

Leave a comment