Rencontrer et créer un échange entre les écoliers népalais et français

L’idée était de rencontrer les élèves de Laprak et envisager des activités à organiser en classe. Mais nous sommes arrivés au Népal au début des vacances scolaires (1 mois) liées au festival de Darchen. Néanmoins avec Dhan et Sanjaya, les interlocuteurs de l’association Alsace Népal, nous avons décidé d’organiser ceci sur place au profit des enfants qui  habitent dans le quartier où nous logeons à Laprak.

À Katmandou, nous avons acheté peintures et feuilles et à Laprak, nous avons complété avec des crayons de couleur, stylos et cahiers. Dhan nous avait prévenu , les enfants sont nombreux , ils nous saluent par un généreux Namaste en joignant les 2 mains. Certains nous cueillent spontanément des fleurs. Leur accueil est très touchant.

Am, notre accompagnateur, a demandé à sa jeune sœur de solliciter les enfants du quartier. 

Nous avons rassemblé une vingtaine d’enfants entre 3 et 14 ans.

Dans le village, il y a une école privée (école en tôles) et une  école primaire publique neuve, construite en dur après le tremblement de terre de 2015, associée à une highschool et secondary school(450 élèves).

Le système éducatif au Népal 

Au Népal, le système éducatif est très marqué par les inégalités  devant le droit à l’éducation selon le sexe, la caste, l’ethnie et la situation géographique. La vallée de Katmandou est privilégiée avec ses nombreuses écoles publiques et privées. Mais seulement trois quarts des enfants (et surtout les filles) ne fréquentent que l’école primaire et de manière irrégulière. Le travail des enfants au Népal reste une réalité.Les écoles publiques « Nepali school » sont faiblement équipées. Le gouvernement maoïste a relevé récemment le salaire des enseignants. Mais dans les villages, il manque cruellement d’enseignants. De ce fait, les habitants dans certains villages se regroupent pour financer le salaire de l’enseignant qui est faible. Et il s’agit souvent d’enseignants peu qualifiés.

Il y a également les « boarding school », écoles privées calquées sur le système anglais, où la langue d’enseignement est l’anglais. Ces écoles offrent une qualité d’enseignement proportionnelle aux coûts mensuels. L’offre est très large. Dès qu’une famille le peut, elle scolarise son enfant dans le privé. Cela est très semblable au système togolais . Du coup les plus pauvres accèdent à un enseignement de très mauvaise qualité et ont de forte chance de ne pas  pouvoir poursuivre au delà de l’école primaire. Système profondément injuste.

 

Au village de Laprak, c’est très surprenant de constater la diversité des âges pour une même classe. Les enfants commencent à aller à l’école quand ils ont 7- 8 ans . L’école primaire se fait sur 5 années : classe 1 jusque 5 et ensuite les enfants vont à la high school (collège) jusqu’à la 10 ieme classe puis le « collège »( équivalent lycée).

Il semble que le début de la scolarisation varie beaucoup: dans le groupe d’élèves, des enfants en classe 2 ( équivalent Ce1) ont déja  9 ans.

Horaires de l’école 

Le matin,  les enfants quittent la maison à 8h pour démarrer à 10h. La pause repas est de 13 à 14 h. Les enfants emportent de quoi manger, sachant que leur principal repas a été pris au petit déjeuner ( traditionnel Dhal Bat compose de riz- légumes- soupe de lentilles) puis ils terminent à 16h30 pour un retour avant la nuit.

Les enfants commencent à apprendre l’anglais à l’école mais leur niveau est encore faible. La langue officielle est le Népalais mais ici, ils parlent également un dialect!

En fait, les 2 écoles sont tout en haut du village , soit un dénivellé d’environ 300 m: il faut 1h 30 de montée avec les escaliers pour les atteindre…pour nous, mais 1 h suffit pour les enfants.

 

PROGRAMME des APRES-MIDIS « ECOLE »

Voici ce que j’ai organisé avec des élèves très curieux et motivés d’être là. Pour eux, c’est l’opportunité de découvrir de nouvelles activités…même s’ils sont en vacances!

Se situer, situer la France

Grâce à notre globe gonflable, les enfants peuvent situer le Népal au cœur de l’Asie bordé au nord par la Chine et au sud par l’Inde. 

Ils ne connaissent pas la France et avec un peu d’aide, ils  arrivent à la situer en Europe. 

Je leur montre un diaporama qui permet de découvrir les paysages de la France, les spécialités, les types d’animaux sauvages, animaux d’élevage et animaux familiers .

Les élèves de Schaffhouse présentent leur classe 

Les enfants visionnent avec beaucoup d’intérêt la vidéo que mes anciens élèves de l’école de Schaffhouse avaient préparé avant notre départ. Ils reconnaissent le jeu du Béret qui se pratique aussi au Népal!  Ils sont littéralement fascinés par les chants. Au fil de la vidéo, les personnes âgées de la maison se joignent au groupe d’enfants; tous sont super intéressés.

La vidéo des élèves de Schaffhouse

Chant national népalais 

Je leur demande de chanter pour les élèves de Schaffhouse et ils entonnent spontanément le chant national népalais qu’ils chantent quotidiennement à l’école.

Ils en profitent pour se présenter et ils ont retenu « bonjour » dans la vidéo. Du coup ils prennent plaisir à le répéter devant la caméra!

 

 

Jeu du béret à l’extérieur

Même s’ils connaissent tous ce jeu, c’est avec un très grand plaisir qu’ils ont envie d’y jouer pour le montrer aux élèves français. Rapidement, ils prennent l’organisation en main: un d’eux prend des cendres et trace les 2 lignes pour les équipes ainsi que l’emplacement du béret! Les 2 équipes sont constituées équitablement et ils s’attribuent un numéro en anglais. Ils sont impliqués dans le jeu et jouent à fond. Un des enfants a même chuté fortement mais on sent que ce sont des enfants « durs » car aucune larme, il se relève et repart dans le jeu !

 

Saute- Mouton

Les enfants ont adoré voir les écoliers français jouer à Saute-Mouton, jeu qu’il ne connaissent pas. Du coup, ils se mettent à y jouer et les voilà partis pour une longue partie de saute/moutons.Garçons et filles semblent infatigables! Ils ont la pêche physiquement à grimper quotidiennement 500 m de dénivelés à flanc de montagne ! D’ailleurs, on les voit courir en grimpant ces dizaines de marches qui n’en finissent pas!

 

 

 

« Salade de fruits »

Je reprends un jeu de langage « salade de fruits » avec les nombres anglais: les enfants en cercle doivent échanger de place à l’appel de leur numéro le plus vite possible car l’enfant placé au centre du cercle cherche aussi à retrouver une place dans le cercle .

Dessiner ses rêves 

Chacun illustre ce qu’il aimerait faire plus tard avec des crayons de couleur. J’ai déja eu l’occasion de faire cette activité avec des écoliers indiens et togolais. Et même constat, les rêves des écoliers semblent identiques , transcendant les cultures :

Maîtresse, policier, soldat, médecin, chauffeur de bus et beaucoup de pilotes d’hélicoptères. Am m’explique que les enfants ont tous des souvenirs du ballet d’hélicoptères qui est venu apporter des secours  lors du tremblement de terre au Népal en avril 2015. Laprak était à l’épicentre du séisme de magnitude 7,8. Le village avait été pratiquement totalement détruit et tous les enfants ont vécu ce drame, d’où la couleur rouge des hélicos. Le village avait été isolé plusieurs semaines, faute d’accès: chemins dévastés, glissements de terrain…

Sur certains dessins, les enfants ont représenté leur maison et les montagnes enneigées qui pointent au sud du village.

Il y a un des enfants qui a illustré le chemin de l’école qui serpente avec ses nombreux escaliers !

 

 

Leurs oeuvres

Peindre à la paille 

Les écoliers font peu d’arts plastiques en classe d’où l’idée de leur faire découvrir l’utilisation de la paille pour créer un dessin en soufflant sur une tache d’encre. Heureusement la petite auberge dispose d’une grande table qui permet à l’ensemble des enfants de s’installer pour se lancer dans l’activité. Ils ont adoré , et je n’en reviens pas de leur discipline. Ils s’entraident, se prêtent les peintures, sont respectueux , écoutent les consignes traduites par Am. Et à la fin, les filles nettoient tout spontanément…

 

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Lecture de l’album « Petit bleu et Petit jaune » 

Je leur ai raconté l’histoire de Petit Bleu et petit Jaune, album classique dans nos écoles. Mais je pense que le concept de l’illustration de l’histoire avec des tâches de couleurs ne facilite pas la compréhension…associé à une traduction aléatoire !

Ensuite ils avaient envie de voir des photos. Nous leur avons partagé des photos du Tibet, de Katmandou et aussi de la famille ! Je leur ai fait découvrir également les enfants du Togo, leur façon de porter les charges sur la tête…une ouverture vers une autre culture, probablement plus proche de la leur.

Quel après-midi ! J’ai le sentiment que tous ont passé un bon moment, même si pour eux ce sont les vacances! C’était quelque chose de différent et comme ils n’ont pas vraiment d’autres activités, leur curiosité était satisfaite! Le soir même , j’étais impressionnée par le fait qu’ils aient retenu si bien « bonjour » et aient appris « bon appétit et bonne nuit « super vite ! Plus vite que moi en népalais ! Ces enfants sont impressionnants par leur politesse, respect.

Laprak n’est absolument pas un village touristique, du coup il n’y a pas d’attentes, ni de demandes.Leur offrir stylo et crayons est un cadeau qu’ils apprécient réellement.

Même les grands mères ou mamans du coin ont suivi tout cela avec beaucoup de rires, des moments de partages spontanés qui font chaud au cœur ! 

Les jours suivants, les enfants seront demandeurs pour la peinture soufflée et d’autres ont pu se joindre pour participer.J’ai renouvellement ces activités du coup le lendemain.

Opération nettoyage- zéro déchets

Comme nous avions constaté que les enfants jetaient facilement les emballages ( bonbons, paquets de chips …) parterre, j’ai demandé une poubelle .. assez difficile à trouver pour lancer une opération « Nettoyage des rues alentours ». Tous, entre  3 et 14 ans, ont ramassé les déchets avec motivation. Ils étaient fiers du résultat et moi également, en pensant qu’une sensibilisation ne révolutionnera pas tout mais si quelques uns d’entre-eux s’en trouvent sensibilisés, ce sera déjà un bon début …

Mais quelle ne fut pas ma très grande surprise, que de constater ce que devenait cette poubelle remplie de déchets… J’avais d’abord imaginer qu’ils seraient brûlés , ou enfouis … rien de tout cela… quelle stupéfaction de voir Kuma vider cette poubelle dans le ruisseau qui traverse le village … et elle me dit dans un anglais balbutiant, que cela ira rejoindre la grosse rivière … certainement 1000 à 1500 m plus bas … et quand je lui explique que des morceaux de plastique vont se retrouver dans les organismes des poissons, elle ne me croit pas. Elle traduit à sa maman qui rit … j’en reste stupéfaite et mesure le chemin à parcourir pour la sensibilisation à l’environnement…

Initiation au freesbee fracassante avec coquard à la clé !

Nous avons emporté un freesbee dans nos bagages et je l’ai utilisé avec le groupe d’enfants. En fait, il s’agissait de quelque chose de totalement nouveau pour eux . Très rapidement, ils étaient habiles à le lancer et rattraper! Mieux que moi ! J’ai manqué la réception et le freesbee est venu me taper violemment l’arcade sourcilière ! J’ai senti aussitôt gonfler ma paupière … « Eléphant man » en moins de quelques secondes, très impressionnant! Les enfants en sont restés bouche-bée et se sont vraiment inquiétés pour moi . La maman m’a soignée avec une application tamponnée d’un mélange spécial à base de plantes et curcuma…rapidement, ma paupière a dégonflé et pendant 2 jours, elle me renouvellera le soin…quelle gentillesse et dévouement .. Pendant 3 semaines, mon œil passera par toutes les couleurs!
Comme démonstration de Frisbee, c’était particulièrement réussi! On pourrait croire à un coquard ! 


Et dire que dans la pièce principale, est affiché un texte de Mausami écrit en classe pour sensibiliser la population aux violences faites aux femmes . Attention Francis !

Séance cinéma

Nous avons clôturé ces 4 jours par le visionnage de ce qui a été filmé durant notre présence. Ils n’ont effectivement pas souvent l’occasion de se voir. Ils ont adoré et ont bien ri, adultes y-compris!

 

Et les enseignants ?

Je ne pourrai malheureusement pas rencontrer d’enseignants car ils sont repartis dans leur village d’origine en raison du festival.J’aurai l’occasion de passer un moment avec le directeur de la « secondary school ». Il m’explique que la création de son école est récente et répond à un grand besoin pour tous les villages environnants pour permettre aux élèves de poursuivre sur place leurs études. Il y a 18 enseignants dans sa structure mais il manque encore cruellement d’enseignants. L’état n’a pas les moyens d’en financer davantage . Alsace Népal qui a fait une donation de 15 ordis, finance d’ailleurs un enseignant en informatique .

 Vidéo de ces supers moments avec ces écoliers en vacances

Bilan de mon expérience

Ces moments de partage resteront inoubliables. Je repars avec dans un coin de ma tête, l’idée, pourquoi pas, d’y retourner un jour…et cette fois-ci de manière à pouvoir rencontrer les enseignants et élèves à l’école.

Nous allons continuer à suivre de prés les actions d’Alsace Népal, à notre retour.

Se retrouver dans un village ainsi reculé …presque « au bout du monde » est extraordinaire. Leur sourire, gentillesse, accueil resteront gravés à tout jamais…

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5 Comments

  • Yann
    Posted 4 novembre 2019

    Quel bonheur Chers amis de lire ce magnifique témoignage. Merci pour tout ce que ius faites, malgré les risques pour les arcades sourcilières.
    Amitiés
    Christelle et Yann

  • Eliane
    Posted 4 novembre 2019

    Laprak… un village que j’adore 💕❤️

    • @dmin
      Posted 12 novembre 2019

      Oui j’aimerais y retourner un jour …

  • Valérie
    Posted 6 novembre 2019

    Merci pour tous ces partages extraordinaires !! Une question : comment les gamins ont accès aux bonbons et aux chips ?

  • gisele jeulin
    Posted 7 novembre 2019

    Belle expérience Catherine! J’adore! Tu auras eu un coquard en prime!!! Bonne continuation à vous!
    Gisèle

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