Notre chevauchée de 3 jours en steppe mongole en Arkensai 

Un des points forts du périple, se déplacer de famille nomade en famille nomade à cheval!

Rien de tel pour mesurer les immensités, se fondre dans la peau d’un cavalier mongol, se sentir en parfaite harmonie avec la nature!

Idyllique sur le papier, mais quand on est cavalier-débutant avec en tout et pour tout quelques balades tranquilles d’1 ou 2h à notre actif, ce n’est plus pareil! A chaque expérience équestre, Francis a toujours vécu des anecdotes qui l’empêchent de se sentir complètement détendu sur sa monture. Pour la petite histoire, il a déjà eu un cheval qui était parti au galop en forêt… une autre fois, il avait mis tellement d’ardeur à monter dessus, qu’il en était passé par dessus!!!

Précieuses recommandations

Guerell nous rappelle les consignes  respecter avec des chevaux mongols: 

« Ne jamais caresser les chevaux, toujours monter à gauche, bien prendre ses marques en contournant son cheval…se méfier des ruades, pas d’appareil photo, fermer sa veste, pas de geste brusque, ne pas rire (ça va être difficile !). Et pour le faire avancer, un« Tchu » puissant prononcé « Chooh »… à ne pas confondre avec le son du petit train français « tchou tchou »! »

Leur rapport aux chevaux est donc très différent de chez nous. Pas besoin de les brosser ou les  ferrer, par exemple. Ils vivent librement en pleine nature, se roulent sur le sol si besoin, ne marchent jamais sur du goudron, ne sont pas enfermés dans des box, ne connaissent pas le manège…! Certains sont dressés pour être montés mais ces chevaux conservent néanmoins un caractère semi-sauvage. D’ailleurs, ils ne portent pas de nom.

Tous les troupeaux de chevaux rencontrés (jusqu’à une centaine dans une horde) sont magnifiques, propres, musclés…

C’est parti…

Après toutes ces recommandations, nous enfilons guêtres et bombe. Du coup, c’est râpé pour avoir l’air mongol!  Nos guides portent une casquette !

Notre guide-cavalier est sérieux, il a bien cerné notre niveau. Nous restons en longe de chaque côté de son cheval. Au moins, il garde le contrôle et on se sent rassuré ! La chevauchée démarre et rapidement les soubresauts à contre-temps du rythme du cheval sont pires que les sauts de la voiture sur les pistes. Je sens que ma nuque et épaules vont souffrir et Francis sent déjà son genou!

Et quand on se met à trotter, cela devient difficilement supportable…nous sommes secoués comme des crêpes ou battus comme des œufs en neige …  au choix !  Ce qui fait bien rire nos coéquipiers Carine et Rémy!

C’est dingue quand on a aucune technique, on n’a qu’une envie: que ça s’arrête! Notre maître mongol sait seulement dire en français «Tire » et par geste nous corrige notre posture en nous invitant à nous tenir bien en arrière dans les descentes! 

Après 20 km le premier jour, on a les jambes complètement cintrées. En descendant du cheval, on a l’impression d’avoir perdu quelques cm et qu’on va s’enfoncer dans le sol… drôle de sensation et bien sur le popotin et les cuisses bien talés ! 

Du thé, des biscuits, pain, beurre de yak, confiture, une avalanche de diverses formes de fromages de chèvre séchés nous réconfortent à l’arrivée! Après 2 s de nomadisme, nous n’arrivons toujours pas à apprécier ce fromage ! Pour sûr, il  n’y a rien d’aussi puissant dans nos spécialités françaises.

On progresse!

La 2° journée se passe beaucoup mieux. Francis a baptisé son cheval Symphonie car il n’arrête pas de pétarader, au grand dam des autres cavaliers! Le mien est docile, ce sera Harmonie.

La troupe de cavaliers avait opté la veille pour 10 km et non 20 km de peur de ne pouvoir supporter ! En fait, c’est comme si notre corps s’était déjà adapté. Les courbatures redoutées ne sont pas au rendez-vous! Nous nous sentons plus à l’aise sur la selle, plus détendus et on commence à sentir la posture à adopter pour éviter de sauter comme un pantin au trot! 

Au 3° jour, on chevauche les steppes pendant 32 km avec une pause pique-nique près d’un enclos qui permet d’attacher les chevaux. Tels des nomades, assis sur des cailloux au milieu des crottes de biques et moutons, nous nous régalons des beignets de viande ou légumes préparés au petit matin par la maîtresse de la yourte! J’avais suggéré au guide de me laisser guider mon cheval seule; mais il refuse et je comprends vite pourquoi …Il nous lance au trot et déjà mon cheval adopte plutôt une allure de petit galop! Il a raison, on est seulement au début de notre tour du monde, ce serait bête de tout gâcher par une chute! En tout cas, cette nouvelle journée me donne vraiment envie d’apprendre les bases d’équitation à notre retour, histoire de me sentir plus à l’aise. C’est sur que les jours suivants, nos fesses nous ont rappelé notre rando! Mais que de bons souvenirs!

Partage chez les nomades

Ce qui est génial, c’est aussi la rencontre avec les familles qui ne reçoivent pas souvent de touristes. Leur gentillesse et générosité se lisent sur leur visage.

Les enfants, généralement au nombre de 3 renvoient de larges sourires. Ils participent activement dès leur plus jeune âge aux tâches domestiques de la famille: rassembler les troupeaux, chercher le bois, éplucher les légumes, s’occuper des plus jeunes frères et sœurs. 

Actuellement, ils sont encore en vacances. Début septembre, ce sera la rentrée à Ulziit, à l’école de la ville la plus proche. Les enfants sont scolarisés à partir de 7 ans et restent jusqu’aux vacances ( environ toutes les 6 semaines) en internat. Cela peut sembler jeune mais en les observant, leur vie de nomade les prépare déjà bien sur le plan autonomie et social. Ils ont déjà l’habitude de se débrouiller seuls dans leur quotidien. Et il existe une très grande solidarité entre les nomades, ils ont l’habitude de tout partager, condition de leur survie en cas de difficultés. Ils forment une grande famille.

Le 2° soir, Bataarkhuu nous accueille et il s’établit un bel échange grâce à notre guide francophone qui traduit. Bataarkhuu et sa femme sont à la tête de 800 bêtes (vaches, yaks, chevaux, chèvres et moutons). Nous goûtons du fromage de yak qui est en train de sécher à l’extérieur. Il sera consommé en hiver. Le goût est nettement moins puissant que celui de chèvre, enfin un fromage que je pourrais manger! 

Il est fier de ses 3 enfants, son aîné de 20 ans travaille à ses côtés. Une de ses filles a même été championne cadette d’Asie en lutte (médaille de bronze). Il nous présente la photo de sa maman, 85 ans, vêtue de son beau del rouge garni de médailles honorifiques.

On a même la chance de pouvoir revêtir le del d’hiver de son épouse: ce manteau traditionnel est magnifique, noir brodé de fil doré, et l’intérieur, il est doublé de laine de mouton. Un tel vêtement coûte quand même 2 millions de Tugrut soit 600€… 

(PS: par respect pour les familles, je ne publie pas les photos des enfants et femmes sur le blog.)

Le fils a une magnifique selle qu’il utilise lors des nadams (fêtes). Les décorations sont en argent. 

On rejoint sa femme qui est en train de préparer le repas. Avec Carine, nous nous essayons à fabriquer des buuzs (raviolis cuits à la vapeur). Farine et lait de yak sont les ingrédients nécessaires pour préparer la pâte. La farce est un mélange de viande de mouton coupée finement, des petits morceaux de gras de mouton, des cubes de carottes et pommes de terre, et oignons. Il y a aussi des végétariens.

Miam, des buuzs!

Pendant la préparation, Bataarkhuu ouvre une bouteille de vodka et s’ensuit la valse des tournées de verre. Tout le monde, y compris les femmes, doit au moins tremper ses lèvres…pour ma part ! et ceci à 3 reprises ! C’est impressionnant de voir comment les mongols ont vite fait de vider la bouteille! Francis leur fait découvrir ouvrir la goutte française: de la prune et ils grimacent car le taux d’alcool est quasiment le double!

On se régale des raviolis. Et comme il est 20h, on est parti pour l’heure de la traite. Ce sont les femmes qui ont la tâche de traire les yaks et vaches (environ une dizaine de bêtes ce soir-là ), les autres sont avec leur veau dans les collines environnantes. J’essaie la traite de la vache, plus docile que le yack. Je finis par comprendre la technique après avoir bien trempé mes mains dans le lait pour mieux adhérer à la mamelle ! Pas très productive par rapport à elle, il me faudrait un stage, car tenir le seau entre les cuisses sans le faire glisser, presser en rythme les mamelles ne s’improvise pas… j’ai beau avoir eu des grand-parents fermiers …

Nous avons vraiment conscience de ces moments privilégiés partagés au cœur d’une yourte au fin fond des steppes mongoles, sans réseau…des situations de vie improbables qui font réfléchir quand le chef de famille dit adorer sa vie loin du stress, en pleine nature. Effectivement, leurs conditions de vie peuvent nous apparaître précaires, rudes et encore davantage en hiver où les températures peuvent descendre jusqu’à -40°…l’été mongol est très court …mais je peux imaginer que leur vie en parfaite harmonie avec cette nature, constitue une vraie forme de liberté loin des contraintes matérielles que l’on connaît en Occident. 

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1 Comment

  • Yahanatou
    Posted 4 septembre 2019

    Génial merci de nous faire rêver
    Bises

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